<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>

<channel>
	<title>The Tamarind &#187; Clément Bénech</title>
	<atom:link href="/fr/author/benech/feed/" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>https://thetamarind.eu</link>
	<description>Just another WordPress weblog</description>
	<lastBuildDate>Wed, 30 Jul 2014 07:59:23 +0000</lastBuildDate>
	<generator>http://wordpress.org/?v=2.9.2</generator>
	<language>fr</language>
	<sy:updatePeriod>hourly</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>1</sy:updateFrequency>
			<item>
		<title>Ce que j’appelle oubli</title>
		<link>https://thetamarind.eu/fr/2011/03/09/francais-ce-que-j%e2%80%99appelle-oubli/</link>
		<comments>https://thetamarind.eu/fr/2011/03/09/francais-ce-que-j%e2%80%99appelle-oubli/#comments</comments>
		<pubDate>Wed, 09 Mar 2011 07:09:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Clément Bénech</dc:creator>
				<category><![CDATA[Opinions]]></category>
		<category><![CDATA[critique]]></category>
		<category><![CDATA[littérature]]></category>

		<guid isPermaLink="false">https://thetamarind.eu/?p=6016</guid>
		<description><![CDATA[Prix Wepler 2000 et Prix Livre Inter 2001 pour Apprendre à finir. Prix du roman Fnac 2006 pour Dans la foule. Prix des libraires 2009 pour Des hommes.  Voici Laurent Mauvignier, l’auteur cette année d’un court récit composé  d’une seule phrase de longue haleine et poétiquement nommé : Ce que j’appelle oubli.
Qu’appelle-t-il oubli ? Est-ce ce sentiment de négligence de soi, de manquement à sa propre  conscience, qui a poussé plusieurs vigiles à tabasser un sans-abri à  mort parce qu’il venait de boire une canette en douce dans un rayon du  supermarché ? Est-ce l’oubli de la famille, qui a laissé sciemment  chuter dans la misère cet homme qui était son frère, son fils ? Ou  est-ce encore celui qui frappera sa mémoire, après qu’il aura été  enterré – couvert encore d’ecchymoses ? Peut-être un peu des trois. Dans  ce fait divers sordide librement adapté, Laurent Mauvignier touche. Son  livre ressemble à une brève extrapolée, comme si les trois lignes  habituelles avaient été étirées au maximum. En effet, on assiste à ce  qui précède, et ce qui suit cet horrible incident. L’arrivée candide de  l’individu au supermarché, puis sa sortie les pieds devant, puis la  honte des hommes qui comprennent, puis la honte de leurs proches, de  leurs voisins.
Ce que j’appelle oubli est un film au  ralenti. Les coups portent plus douloureusement. Face à une telle  absurdité, Mauvignier répond par un texte. C’est le seul hommage que  l’écrivain puisse faire, rendre compte. Une fois de plus, les  éditions de Minuit prouvent leur audace et leur sagacité : ce texte-bloc  traduit peut-être le dernier souffle du sans-abri, qui perçoit le passé  proche, et le futur. En 1970, Michel Foucault disait dans un discours :  « plutôt que de prendre la parole, j’aurais voulu être enveloppé par  elle ». Ce texte, qui commence par une minuscule et se termine par un  tiret, y réussit.

Laurent Mauvignier, Ce que j’appelle oubli, Éditions de Minuit, 62 pages.
]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="/wp-content/files/2011/03/ce_que_jappelle_loubli.png"><img class="alignleft size-medium wp-image-6017" title="Ce que j'appelle oubli" src="/wp-content/files/2011/03/ce_que_jappelle_loubli-220x300.png" alt="Ce que j'appelle oubli" width="220" height="300" /></a>Prix Wepler 2000 et Prix Livre Inter 2001 pour <em>Apprendre à finir</em>. Prix du roman Fnac 2006 pour <em>Dans la foule</em>. Prix des libraires 2009 pour <em>Des hommes</em>.  Voici Laurent Mauvignier, l’auteur cette année d’un court récit composé  d’une seule phrase de longue haleine et poétiquement nommé : <em>Ce que j’appelle oubli</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">Qu’appelle-t-il <em>oubli</em> ? Est-ce ce sentiment de négligence de soi, de manquement à sa propre  conscience, qui a poussé plusieurs vigiles à tabasser un sans-abri à  mort parce qu’il venait de boire une canette en douce dans un rayon du  supermarché ? Est-ce l’oubli de la famille, qui a laissé sciemment  chuter dans la misère cet homme qui était son frère, son fils ? Ou  est-ce encore celui qui frappera sa mémoire, après qu’il aura été  enterré – couvert encore d’ecchymoses ? Peut-être un peu des trois. Dans  ce fait divers sordide librement adapté, Laurent Mauvignier touche. Son  livre ressemble à une brève extrapolée, comme si les trois lignes  habituelles avaient été étirées au maximum. En effet, on assiste à ce  qui précède, et ce qui suit cet horrible incident. L’arrivée candide de  l’individu au supermarché, puis sa sortie les pieds devant, puis la  honte des hommes qui comprennent, puis la honte de leurs proches, de  leurs voisins.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Ce que j’appelle oubli</em> est un film au  ralenti. Les coups portent plus douloureusement. Face à une telle  absurdité, Mauvignier répond par un texte. C’est le seul hommage que  l’écrivain puisse faire, <em>rendre compte</em>. Une fois de plus, les  éditions de Minuit prouvent leur audace et leur sagacité : ce texte-bloc  traduit peut-être le dernier souffle du sans-abri, qui perçoit le passé  proche, et le futur. En 1970, Michel Foucault disait dans un discours :  « plutôt que de prendre la parole, j’aurais voulu être enveloppé par  elle ». Ce texte, qui commence par une minuscule et se termine par un  tiret, y réussit.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Laurent Mauvignier,<em> Ce que j’appelle oubli</em>, Éditions de Minuit, 62 pages.</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>https://thetamarind.eu/fr/2011/03/09/francais-ce-que-j%e2%80%99appelle-oubli/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Mère poule, père moule</title>
		<link>https://thetamarind.eu/fr/2010/09/25/francais-mere-poule-pere-moule/</link>
		<comments>https://thetamarind.eu/fr/2010/09/25/francais-mere-poule-pere-moule/#comments</comments>
		<pubDate>Sat, 25 Sep 2010 11:57:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Clément Bénech</dc:creator>
				<category><![CDATA[Actualité]]></category>
		<category><![CDATA[Primo Piano]]></category>
		<category><![CDATA[famille]]></category>
		<category><![CDATA[littérature]]></category>

		<guid isPermaLink="false">https://thetamarind.eu/?p=5603</guid>
		<description><![CDATA[Pas un instant, Nelly Alard ne rompt le fil ténu de cette courte trame familiale, et particulièrement paternelle : elle choisit de décrire rétrospectivement, au cours de la semaine qui précède l’enterrement du père, les humiliations que celui-ci avait coutume de faire subir à ses enfants.
Sur un fond de mer bretonne, lui qui est dénoncé à la deuxième personne semble s’amuser des peines de ses filles à vider les poissons de leurs entrailles, et rire de leur dégoût. C’est avec la même jouissance qu’il refuse à la narratrice la moindre sortie sans qu’il ait vu celle-ci faire couler quelques larmes…
Nelly Alard écrit avec une rage contenue qui rarement déborde. Cette rancœur, elle l’évacue par un humour noir et un cynisme salvateurs : lors de la mise au tombeau familial, s’engage une sorte de Tetris pour respecter le placement des cercueils et les inimitiés qui lient leurs habitants.
Le récit est couplé avec des extraits de vieilles légendes du pays, ce qui confère au tout une atmosphère mystique. Si l’héroïne paraît loin du pardon, on comprend petit à petit pourquoi ce ressentiment accumulé n’a pas provoqué l’explosion de la famille. Le géniteur, malgré lui, connaît un déclin particulier… qui peut-être le réhabilita quelque peu auprès des siens. Sans quoi ce roman, prix Roger-Nimier 2010, n’eût sûrement jamais vu le jour.
Nelly Alard, Le Crieur de nuit, éditions Gallimard, 113 pages.
]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify"><a href="/wp-content/files/2010/09/CRIEUR.jpg"><img class="alignleft size-full wp-image-5602" src="/wp-content/files/2010/09/CRIEUR.jpg" alt="" width="300" height="300" /></a>Pas un instant, Nelly Alard ne rompt le fil ténu de cette courte trame familiale, et particulièrement paternelle : elle choisit de décrire rétrospectivement, au cours de la semaine qui précède l’enterrement du père, les humiliations que celui-ci avait coutume de faire subir à ses enfants.</p>
<p style="text-align: justify">Sur un fond de mer bretonne, lui qui est dénoncé à la deuxième personne semble s’amuser des peines de ses filles à vider les poissons de leurs entrailles, et rire de leur dégoût. C’est avec la même jouissance qu’il refuse à la narratrice la moindre sortie sans qu’il ait vu celle-ci faire couler quelques larmes…</p>
<p style="text-align: justify">Nelly Alard écrit avec une rage contenue qui rarement déborde. Cette rancœur, elle l’évacue par un humour noir et un cynisme salvateurs : lors de la mise au tombeau familial, s’engage une sorte de Tetris pour respecter le placement des cercueils et les inimitiés qui lient leurs habitants.</p>
<p style="text-align: justify">Le récit est couplé avec des extraits de vieilles légendes du pays, ce qui confère au tout une atmosphère mystique. Si l’héroïne paraît loin du pardon, on comprend petit à petit pourquoi ce ressentiment accumulé n’a pas provoqué l’explosion de la famille. Le géniteur, malgré lui, connaît un déclin particulier… qui peut-être le réhabilita quelque peu auprès des siens. Sans quoi ce roman, prix Roger-Nimier 2010, n’eût sûrement jamais vu le jour.</p>
<p style="text-align: justify">Nelly Alard, <em>Le Crieur de nuit</em>, éditions Gallimard, 113 pages.</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>https://thetamarind.eu/fr/2010/09/25/francais-mere-poule-pere-moule/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>La synthèse du camphre</title>
		<link>https://thetamarind.eu/fr/2010/07/09/francais-la-synthese-du-camphre/</link>
		<comments>https://thetamarind.eu/fr/2010/07/09/francais-la-synthese-du-camphre/#comments</comments>
		<pubDate>Fri, 09 Jul 2010 07:47:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Clément Bénech</dc:creator>
				<category><![CDATA[Opinions]]></category>
		<category><![CDATA[critique]]></category>
		<category><![CDATA[littérature]]></category>

		<guid isPermaLink="false">https://thetamarind.eu/?p=5485</guid>
		<description><![CDATA[Toujours, lorsque paraît le roman d’une jeune personne, on en vient à le juger selon son âge, et c’est peut-être une mauvaise chose. Néanmoins, on ne peut que saluer la prouesse d’Arthur Dreyfus, né en 1986, lauréat en 2008 du Prix du Jeune Écrivain, qui publiait en mars dernier le roman d’une double rencontre aux éditions Gallimard : La Synthèse du camphre. Fiction ou réalité ? La thématique éternelle imprègne le livre aussi bien de l’intérieur que de l’extérieur. Il s’agit de l’histoire alternée du grand-père du narrateur, survivant des camps d’extermination, et de celle de deux adolescents contemporains dont les dialogues électroniques par delà l’Atlantique laissent entendre, entre les lignes, une autre vérité – l’un des deux, nommé Ernest à raison comme on le verra, étant seulement suggéré. Si la première est mûre et très imagée, la seconde histoire est rédigée (et c’est là le tour de force d’Arthur Dreyfus) avec une candeur et une crudité admises, une modulation dans l’écriture qui cache peut-être un double fond.
Il sera éventuellement utile de lire deux fois ce roman pour en savourer toutes les subtilités nées du lien finalement révélé, avec légèreté. Mais le lire, pour découvrir une écriture soignée qui révèle une volonté de créer des images évocatrices ; naviguant à l’écart des lieux communs, elle arrive à restituer une atmosphère en contrecarrant cet adage pessimiste contenu dans l’épigraphe de Goethe : « les mots et les choses se cherchent en vain, éternellement. »
Arthur Dreyfus, La Synthèse du camphre, 250 pages, Gallimard.

]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="/wp-content/files/2010/07/La-synthese-du-camphre.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-5484" title="La-synthese-du-camphre" src="/wp-content/files/2010/07/La-synthese-du-camphre-199x300.jpg" alt="" width="199" height="300" /></a>Toujours, lorsque paraît le roman d’une jeune personne, on en vient à le juger selon son âge, et c’est peut-être une mauvaise chose. Néanmoins, on ne peut que saluer la prouesse d’Arthur Dreyfus, né en 1986, lauréat en 2008 du Prix du Jeune Écrivain, qui publiait en mars dernier le roman d’une double rencontre aux éditions Gallimard : <em>La Synthèse du camphre. </em>Fiction ou réalité ? La thématique éternelle imprègne le livre aussi bien de l’intérieur que de l’extérieur. Il s’agit de l’histoire alternée du grand-père du narrateur, survivant des camps d’extermination, et de celle de deux adolescents contemporains dont les dialogues électroniques par delà l’Atlantique laissent entendre, entre les lignes, une autre vérité – l’un des deux, nommé Ernest à raison comme on le verra, étant seulement suggéré. Si la première est mûre et très imagée, la seconde histoire est rédigée (et c’est là le tour de force d’Arthur Dreyfus) avec une candeur et une crudité admises, une modulation dans l’écriture qui cache peut-être un double fond.</p>
<p style="text-align: justify;">Il sera éventuellement utile de lire deux fois ce roman pour en savourer toutes les subtilités nées du lien finalement révélé, avec légèreté. Mais le lire, pour découvrir une écriture soignée qui révèle une volonté de créer des images évocatrices ; naviguant à l’écart des lieux communs, elle arrive à restituer une atmosphère en contrecarrant cet adage pessimiste contenu dans l’épigraphe de Goethe : « les mots et les choses se cherchent en vain, éternellement. »</p>
<p style="text-align: justify;">Arthur Dreyfus, <em>La Synthèse du camphre</em>, 250 pages, Gallimard.</p>
<p style="text-align: justify;">
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>https://thetamarind.eu/fr/2010/07/09/francais-la-synthese-du-camphre/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Dents de scie pour Dantzig</title>
		<link>https://thetamarind.eu/fr/2010/04/30/francais-dents-de-scie-pour-dantzig/</link>
		<comments>https://thetamarind.eu/fr/2010/04/30/francais-dents-de-scie-pour-dantzig/#comments</comments>
		<pubDate>Fri, 30 Apr 2010 12:37:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Clément Bénech</dc:creator>
				<category><![CDATA[Agenda]]></category>
		<category><![CDATA[littérature]]></category>

		<guid isPermaLink="false">https://thetamarind.eu/?p=5294</guid>
		<description><![CDATA[
Être léger, c’est une qualité. Être trop léger, c’est irritant : Charles Dantzig sait cela, qui ne cesse de se battre pour moins de mots, plus de suggéré. Dans ce dictionnaire à entrées plus ou moins liées à la littérature, lui qui affirme que la plus parfaite ellipse consisterait à ne rien dire a tendance à être sec, saccadé. Il. Veut. Être. Clair. Cela fait un peu professeur, mais un professeur qui remettrait tout en question ; de Hugo à Chateaubriand, il juge les écrivains qu’il a choisis avec humour, finesse, et un œil neuf, personnel. Il devait croire qu’écrire un dictionnaire ferait que personne ne lirait son œuvre en entier, et bien c’est raté. Et là où il est pédagogue, c’est quand il répète les mêmes choses pour bien faire comprendre qu’il est anticonformiste ; son leitmotiv : la fiction est vraie. Allons, soyons honnête, il s’excuse de ses redites.
Ah, ces créatifs (Dantzig a publié plusieurs romans et recueils de poèmes) ! Ils s’interdisent toute admiration trop marquée, de peur d’oblitérer leur propre génie. Son expression favorite est « ça n’est pas mal ». Il doit croire que cela lui donne un air détaché. Cela contribue surtout à faire « entendre sa voix », comme il dirait : Dantzig nous parle. Amen. Quand on dit qu’il s’interdit l’admiration, c’est-à-dire que tous les écrivains classiques trouvent toujours à ses yeux de quoi être critiqués. On l’imagine refermer un livre : « oui, mais quand même. » Il fronce un peu le nez. Il a envie qu’un truc cloche. Tandis que Joseph de Maistre, Mathurin Régnier, Jean de la Ville de Mirmont, ah, eux… Il doit se dire que ceux-ci sont trop peu connus pour qu’on leur adresse en plus des reproches. Alors son éloge est sans nuance, car X est au fond un bien meilleur écrivain que Proust, dont l’humour n’est pas toujours « de bon goût ». Qui aime bien châtie bien, et Dantzig a ses têtes : Proust, Laforgue surtout.
Rendons à Charles Dantzig ce qui lui est dû : il est très drôle, parfois malgré lui, quand il abuse des images (Léon Bloy : « au fond de son Luna Park mystique, tout petit, moustachu, les yeux rouges, il remue les bras derrière son comptoir ») ; quand il va à la ligne pour nous asséner un aphorisme (pas toujours) bien senti (« le plus simple est d’avoir du génie ») voire un poncif (« les images sont des sentiments). Oui, parfois il énerve. Un petit air de « j’ai tout compris ». Mais comment ne pas se plaindre de la médiocrité ambiante quand on est un être aussi cultivé que Dantzig ? Pour être honnête, on ne peut pas dire qu’il en fasse l’étalage plus que de raison. Seulement parfois, ses références s’adressent à lui-même (« Jean-Paul Sartre avait une petite voix pincée de présentateur d’actualités cinématographiques d’avant-guerre ») et on devine qu’il s’en frappe les cuisses. Aragon, au-delà des dix premières pages d’Aurélien ? « Diderot vire à Romain Rolland ». Mais à qui s’adresse ce glissement ? Chez Dantzig, les choses ne sont pas « comme », ni ne « ressemblent à » : les choses sont. Au fond, Voltaire est Maurice Sachs, Madame de Lafayette est François Villon, il suffit de regarder d’un certain angle. Dantzig court en rond, il voit tous les angles.
On apprécie les allusions à son propre cas, souvent assez enlevées, même si elles ne manquent pas de rappeler qu’il savourait Verlaine dans le texte à un âge où vos enfants lisent Astrapi. Mais Verlaine, ça n’est pas mal. Lisons Dantzig pour sa lucidité : « Mettons que le roman soit un abat-jour. Il se trouvera toujours un Français pour lui reprocher de ne pas être une banane. »

Charles Dantzig, Dictionnaire égoïste de la littérature française, 1 147 pages, Le Livre de poche.
]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify"><a href="/wp-content/files/2010/04/dantzig_dico-egoiste.jpg"></a><a href="/wp-content/files/2010/04/dantzig_dico-egoiste.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-5295" src="/wp-content/files/2010/04/dantzig_dico-egoiste-185x300.jpg" alt="" width="185" height="300" /></a>Être léger, c’est une qualité. Être trop léger, c’est irritant : Charles Dantzig sait cela, qui ne cesse de se battre pour moins de mots, plus de suggéré. Dans ce dictionnaire à entrées plus ou moins liées à la littérature, lui qui affirme que la plus parfaite ellipse consisterait à ne rien dire a tendance à être sec, saccadé. Il. Veut. Être. Clair. Cela fait un peu professeur, mais un professeur qui remettrait tout en question ; de Hugo à Chateaubriand, il juge les écrivains qu’il a choisis avec humour, finesse, et un œil neuf, personnel. Il devait croire qu’écrire un dictionnaire ferait que personne ne lirait son œuvre en entier, et bien c’est raté. Et là où il est pédagogue, c’est quand il répète les mêmes choses pour bien faire comprendre qu’il est anticonformiste ; son leitmotiv : la fiction est vraie. Allons, soyons honnête, il s’excuse de ses redites.</p>
<p style="text-align: justify">Ah, ces créatifs (Dantzig a publié plusieurs romans et recueils de poèmes) ! Ils s’interdisent toute admiration trop marquée, de peur d’oblitérer leur propre génie. Son expression favorite est « ça n’est pas mal ». Il doit croire que cela lui donne un air détaché. Cela contribue surtout à faire « entendre sa voix », comme il dirait : Dantzig nous parle. Amen. Quand on dit qu’il s’interdit l’admiration, c’est-à-dire que tous les écrivains classiques trouvent toujours à ses yeux de quoi être critiqués. On l’imagine refermer un livre : « oui, mais quand même. » Il fronce un peu le nez. Il a <em>envie</em> qu’un truc cloche. Tandis que Joseph de Maistre, Mathurin Régnier, Jean de la Ville de Mirmont, ah, eux… Il doit se dire que ceux-ci sont trop peu connus pour qu’on leur adresse en plus des reproches. Alors son éloge est sans nuance, car X est au fond un bien meilleur écrivain que Proust, dont l’humour n’est pas toujours « de bon goût ». Qui aime bien châtie bien, et Dantzig a ses têtes : Proust, Laforgue surtout.</p>
<p style="text-align: justify">Rendons à Charles Dantzig ce qui lui est dû : il est très drôle, parfois malgré lui, quand il abuse des images (Léon Bloy : « au fond de son Luna Park mystique, tout petit, moustachu, les yeux rouges, il remue les bras derrière son comptoir ») ; quand il va à la ligne pour nous asséner un aphorisme (pas toujours) bien senti (« le plus simple est d’avoir du génie ») voire un poncif (« les images sont des sentiments). Oui, parfois il énerve. Un petit air de « j’ai tout compris ». Mais comment ne pas se plaindre de la médiocrité ambiante quand on est un être aussi cultivé que Dantzig ? Pour être honnête, on ne peut pas dire qu’il en fasse l’étalage plus que de raison. Seulement parfois, ses références s’adressent à lui-même (« Jean-Paul Sartre avait une petite voix pincée de présentateur d’actualités cinématographiques d’avant-guerre ») et on devine qu’il s’en frappe les cuisses. Aragon, au-delà des dix premières pages d’<em>Aurélien</em> ? « Diderot vire à Romain Rolland ». Mais à qui s’adresse ce glissement ? Chez Dantzig, les choses ne sont pas « comme », ni ne « ressemblent à » : les choses <em>sont</em>. Au fond, Voltaire <em>est</em> Maurice Sachs, Madame de Lafayette <em>est</em> François Villon, il suffit de regarder d’un certain angle. Dantzig court en rond, il voit tous les angles.</p>
<p style="text-align: justify">On apprécie les allusions à son propre cas, souvent assez enlevées, même si elles ne manquent pas de rappeler qu’il savourait Verlaine dans le texte à un âge où vos enfants lisent <em>Astrapi</em>. Mais Verlaine, ça n’est pas mal. Lisons Dantzig pour sa lucidité : « Mettons que le roman soit un abat-jour. Il se trouvera toujours un Français pour lui reprocher de ne pas être une banane. »</p>
<p style="text-align: justify">
<p style="text-align: justify">Charles Dantzig, <em>Dictionnaire égoïste de la littérature française</em>, 1 147 pages, Le Livre de poche.</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>https://thetamarind.eu/fr/2010/04/30/francais-dents-de-scie-pour-dantzig/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>1</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>L&#8217;Horizon</title>
		<link>https://thetamarind.eu/fr/2010/04/28/francais-lhorizon/</link>
		<comments>https://thetamarind.eu/fr/2010/04/28/francais-lhorizon/#comments</comments>
		<pubDate>Wed, 28 Apr 2010 11:49:39 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Clément Bénech</dc:creator>
				<category><![CDATA[Agenda]]></category>
		<category><![CDATA[Fiori]]></category>
		<category><![CDATA[Letteratura]]></category>

		<guid isPermaLink="false">https://thetamarind.eu/?p=5256</guid>
		<description><![CDATA[« C’est là qu’on voit que Modiano aime beaucoup le romanesque », disait Bernard Pivot en 1984 dans son émission Apostrophes, au moment de la sortie en librairie de Quartier Perdu. À cette époque, on se permettait encore l’erreur d’écrire « Mondiano » dans sa bibliographie en fin d’ouvrage et de parler du livre « Les Boulevards de la ceinture » au lieu des fameux Boulevards de ceinture. Près de vingt-cinq ans après, l’auteur n’a pas changé : Modiano fuit toujours autant les interviews et les télévisions, à part celles de quelques journalistes qui ont ses faveurs. Sauf qu’il est à présent une véritable star, autant qu’une énigme dans le paysage littéraire français ; rares sont encore ceux qui le confondent avec Modigliani ou le photographe Jean-Baptiste Mondino. Le 4 mars 2010, son nouveau roman L’Horizon sortait dans toutes les librairies. Patrick Modiano, nous avait prévenu Gallimard, y raconte l’histoire tissée entre Paris et Berlin d’un homme, Jean Bosmans, qui note dans un carnet des souvenirs de jeunesse et tente de retrouver une femme. De Berlin pourtant, point, à part les quelques dernières pages. En revanche, il est question de la Suisse.
La plupart des critiques se sont plu à dire que Modiano s’intéressait dans L’Horizon à « ce qui aurait pu être, mais qui n’avait pas été ». En vérité, c’est presque attribuer trop de « sujet » à Modiano, dans un livre qui est tellement Modiano que l’intrigue a peu d’importance, somme toute : on y aime l’atmosphère créée. Car on suppose cet auteur peu enclin à se pencher sur des livres théoriques qui traitent du réalisme modal… Quoique ? Peut-être s’est-il – comme son personnage Jean Bosmans qui travaille dans une librairie ésotérique, réplique de la librairie Véga de Dans le Café de la jeunesse perdue – intéressé à l’occultisme, à l’astronomie ? Il appert que les allusions à cette problématique modale restent marginales, secondaires, et on en viendrait presque à croire que l’auteur les a insérées pour donner aux journalistes quelque viande à croquer – lui qui a si peur de déranger.
Difficile, chez Modiano, de parler de personnages ; tous sont plus ou moins des avatars de l’auteur, même les personnages féminins. Dans L’Horizon, on sourit lorsque l’on lit que Bosmans « a écrit plus d’une vingtaine de livres » et lorsqu’on voit ce genre de tours de passe-passe : « Bosmans avait encore pensé que le destin insiste quelquefois. » Suivez mon regard. À ce sujet, il est intéressant de noter que c’est véritablement le premier roman de Modiano écrit à la troisième personne du singulier. Les habitués pourront en être dérangés, voire refermer le livre abruptement en trouvant que la « petite musique » en a pris un coup. Car ceux-ci pourront avoir, au début, du mal à accepter l’illusion. Cette écriture un peu mensongère se révèle par de légers lapsus calami à la fin du roman : il arrive que tout à coup, le récit passe à la première personne. Mais évitons les termes psychanalytiques : Modiano refuse la cure, « ce serait comme si on réveillait un somnambule », explique-t-il. Il avoue avoir écrit son roman par parties puis avoir recollé les morceaux, avec de la colle invisible. Avouons-le lui, on voit un peu les soudures, mais elles tiennent. Nous savons que les sauts dans le temps lui sont caractéristiques.
Oui, il est difficile de juger une nouvelle facette de la « petite musique » ultracélèbre, à telle enseigne que l’on pourra penser au début du livre à une sorte d’autopastiche de Modiano, une parodie absurde. Puis, à y regarder de plus près, on comprend que L’Horizon est la juste continuité d’une œuvre toujours en marche, qu’il est tout bonnement modianesque : bagages pas défaits, trio autoritaire et fantomatique, discours direct libre (que définissent comme barbarisme les mêmes universitaires qui encensent Modiano), filatures, cahier de moleskine, plus-que-parfait intangible, rencontres absurdes notamment avec les figures hyperboliques des parents – dont une mère gonflée, poussée à l’extrême -, et les tropes qu’on ne comprend pas (« l’homme vêtu de noir dont on hésitait à dire s’il avait l’allure d’un prêtre défroqué ou d’un faux torero »). Pour tout cela, on lira avec plaisir L’Horizon.

Patrick Modiano, L’Horizon, 174 pages, Gallimard.

]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">« C’<a href="/wp-content/files/2010/04/L-horizon-de-Patrick-Modiano.jpg"><img class="alignleft size-medium  wp-image-5257" title="L'horizon-Patrick-Modiano" src="/wp-content/files/2010/04/L-horizon-de-Patrick-Modiano-300x300.jpg" alt="" width="300" height="300" /></a>est là qu’on voit que Modiano aime beaucoup le romanesque », disait Bernard Pivot en 1984 dans son émission <em>Apostrophes</em>, au moment de la sortie en librairie de <em>Quartier Perdu</em>. À cette époque, on se permettait encore l’erreur d’écrire « Mondiano » dans sa bibliographie en fin d’ouvrage et de parler du livre « Les Boulevards de la ceinture » au lieu des fameux <em>Boulevards de ceinture</em>. Près de vingt-cinq ans après, l’auteur n’a pas changé : Modiano fuit toujours autant les interviews et les télévisions, à part celles de quelques journalistes qui ont ses faveurs. Sauf qu’il est à présent une véritable star, autant qu’une énigme dans le paysage littéraire français ; rares sont encore ceux qui le confondent avec Modigliani ou le photographe Jean-Baptiste Mondino. Le 4 mars 2010, son nouveau roman <em>L’Horizon </em>sortait dans toutes les librairies. Patrick Modiano, nous avait prévenu Gallimard, y raconte l’histoire tissée entre Paris et Berlin d’un homme, Jean Bosmans, qui note dans un carnet des souvenirs de jeunesse et tente de retrouver une femme. De Berlin pourtant, point, à part les quelques dernières pages. En revanche, il est question de la Suisse.</p>
<p style="text-align: justify;">La plupart des critiques se sont plu à dire que Modiano s’intéressait dans <em>L’Horizon</em> à « ce qui aurait pu être, mais qui n’avait pas été ». En vérité, c’est presque attribuer trop de « sujet » à Modiano, dans un livre qui est tellement Modiano que l’intrigue a peu d’importance, somme toute : on y aime l’atmosphère créée. Car on suppose cet auteur peu enclin à se pencher sur des livres théoriques qui traitent du réalisme modal… Quoique ? Peut-être s’est-il – comme son personnage Jean Bosmans qui travaille dans une librairie ésotérique, réplique de la librairie Véga de <em>Dans le Café de la jeunesse perdue</em> – intéressé à l’occultisme, à l’astronomie ? Il appert que les allusions à cette problématique modale restent marginales, secondaires, et on en viendrait presque à croire que l’auteur les a insérées pour donner aux journalistes quelque viande à croquer – lui qui a si peur de déranger.</p>
<p style="text-align: justify;">Difficile, chez Modiano, de parler de personnages ; tous sont plus ou moins des avatars de l’auteur, même les personnages féminins. Dans <em>L’Horizon</em>, on sourit lorsque l’on lit que Bosmans « a écrit plus d’une vingtaine de livres » et lorsqu’on voit ce genre de tours de passe-passe : « Bosmans avait encore pensé que le destin insiste quelquefois. » Suivez mon regard. À ce sujet, il est intéressant de noter que c’est véritablement le premier roman de Modiano écrit à la troisième personne du singulier. Les habitués pourront en être dérangés, voire refermer le livre abruptement en trouvant que la « petite musique » en a pris un coup. Car ceux-ci pourront avoir, au début, du mal à accepter l’illusion. Cette écriture un peu mensongère se révèle par de légers lapsus calami à la fin du roman : il arrive que tout à coup, le récit passe à la première personne. Mais évitons les termes psychanalytiques : Modiano refuse la cure, « ce serait comme si on réveillait un somnambule », explique-t-il. Il avoue avoir écrit son roman par parties puis avoir recollé les morceaux, avec de la colle invisible. Avouons-le lui, on voit un peu les soudures, mais elles tiennent. Nous savons que les sauts dans le temps lui sont caractéristiques.</p>
<p style="text-align: justify;">Oui, il est difficile de juger une nouvelle facette de la « petite musique » ultracélèbre, à telle enseigne que l’on pourra penser au début du livre à une sorte d’autopastiche de Modiano, une parodie absurde. Puis, à y regarder de plus près, on comprend que <em>L’Horizon</em> est la juste continuité d’une œuvre toujours en marche, qu’il est tout bonnement modianesque : bagages pas défaits, trio autoritaire et fantomatique, discours direct libre (que définissent comme barbarisme les mêmes universitaires qui encensent Modiano), filatures, cahier de moleskine, plus-que-parfait intangible, rencontres absurdes notamment avec les figures hyperboliques des parents – dont une mère gonflée, poussée à l’extrême -, et les tropes qu’on ne comprend pas (« l’homme vêtu de noir dont on hésitait à dire s’il avait l’allure d’un prêtre défroqué ou d’un faux torero »). Pour tout cela, on lira avec plaisir <em>L’Horizon</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Patrick Modiano, <em>L’Horizon</em>, 174 pages, Gallimard.</p>
<p style="text-align: justify;">
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>https://thetamarind.eu/fr/2010/04/28/francais-lhorizon/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
	</channel>
</rss>
