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Blé ou maïs, qui boit le plus ?

18 novembre 2009
Posté Opinions, Primo Piano
de Marie-Laetitia Catta

pivotLes champs de maïs sont beaux. Les champs de maïs impressionnent. Par leur hauteur et leur étendue. Mais pourtant ils ne sont pas aimés. Les champs de maïs font peur. Et pour cause, prescription c’est sur eux que repose la lourde responsabilité de l’usage de l’eau en agriculture. Ils seraient coupables de l’extraordinaire gaspillage de cette ressource vitale. Coupables dites-vous, sale en êtes-vous certains ?

Haro sur le maïs

On a tous (ou presque) dans la tête l’image estivale des grands champs de maïs à perte de vue, ampoule irrigués, arrosés par d’énormes rampes ou asperseurs.

On s’offusque de ce « gâchis » d’eau, qui plus est, arrose une fois sur 2 sur la route. Quel affront ! Pourquoi cultiver du maïs dans nos régions si c’est pour engendrer des pertes pareilles ? !

Stop, arrêtons les idées préconçues et stéréotypées !

Qui dit idées préconçues, dit souvent fausses idées….

Parce que le maïs n’est pas une céréale d’Europe, mais d’Amérique du Sud, elle était à l’origine adaptée à un climat chaud et relativement humide. Ainsi, pour pouvoir être cultivée chez nous, une lente et vigoureuse acclimatation à du être nécessaire. Puis, la recherche y a mis son grain de sel en améliorant petit à petit la plante à sa façon.

Mais cela ne suffit pas à remettre en cause les idées répandues ni à les expliquer.

Même si la science n’apporte pas toutes les réponses attendues, elle peut donner quelques justifications aux arguments avancés.

C3-C4, l’argument scientifique

Comparons maintenant le maïs au blé. Le blé étant une autre céréale implantée en Europe depuis plusieurs siècles, apparut en Mésopotamie il y a 10 000 ans.

Scientifiquement, la différence entre ces 2 céréales vient, entre autres, de leur photosynthèse (processus interne à la plante qui transforme l’oxygène, l’eau et les minéraux en glucose ou sucre). L’une est dite en C3, pour le blé, alors que l’autre est dite en C4, pour le maïs. Derrière ces appellations, c’est toute une chaîne de réactions moléculaires qui se cachent.

Il en résulte, pour faire simple, que la photosynthèse, dite C4, du maïs a une bien meilleure efficacité que celle du blé. Cela veut dire que pour une même quantité de glucose produite, il aura fallu moins d’eau et d’énergie au maïs. Le calcul est simple pour se dire que de manière absolue le maïs a une consommation en eau bien moindre que celle du blé.

Mais alors ?

Alors, il y bien un problème. Qui se révèle être, pourrait-on dire, climatique et cultural.

Un autre détail oppose le blé au maïs. Il s’agit de leurs périodes de culture qui sont décalées. Le blé est une céréale de printemps tandis que le maïs est une céréale d’été. Le blé est donc plus précoce que le maïs. Le printemps est une saison « humide », l’été est « sec ». Cette dernière saison est une période cruciale pour le maïs. La croissance de la plante est alors à son apogée et a besoin d’être arrosée. Et c’est en été que nous connaissons de fortes chaleurs et des sécheresses de plus en plus récurrentes. D’où les systèmes d’irrigation installés ici ou là et qui permettent de pallier le déficit en eau auquel le maïs est particulièrement sensible. Le handicap du maïs est donc surtout lié à sa saison culturale qui n’est pas adaptée au climat européen.

La solution, n’est donc pas de jeter la pierre aux agriculteurs qui sont le plus souvent contraints pour des raisons économiques et « contractuelles » de cultiver la céréale de tous les maux, mais plutôt de favoriser une diversification de leurs cultures.



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