Voyage pittoresque, découverte éclectique : portrait d’un Paris insolite
Posté Attualità, Fiori, Opinions
de Marie Tiepolo

Maroc, thumb Algérie, Chine, Sénégal…voyager dans Paris serait-il devenu aussi simple? Promenade dans ces nouveaux Paris qui se veulent aujourd’hui aussi caractéristiques.
Si un jour une soudaine envie d’évasion vous prenait, un désir de voyage et d’exotisme, de dépaysement et de nouvelles sensations, nul besoin d’affronter d’innombrables déplacements.
Il vous suffira de vous promener dans les rues de Paris.
Loin de se résumer à la Tour Eiffel et à ses quartiers très parisiens de Saint Germain et du Marais, Paris possède la rare qualité de pouvoir vous emmener de la Route de la Soie au désert du Sahara en passant par les steppes de Sibérie, le tout en une seule journée. Parfois les jours de pluie je m’amuse en allant me perdre dans des cités lointaines. Un jour je suis à Alger dans son marché aux parfums de cuir séché et de cardamome. Un autre je suis à Pékin, en train d’acheter une marionnette automatique au profil rose de Hello Kitty. Et une autre fois encore je me retrouve à Jérusalem, face la boutique d’un boucher de viande kasher, qui illumine sa vitrine par un chandelier à sept branches. Et juste avant de rentrer chez moi je fais un détour par Dakar où des allègres « mamas » aux habits bariolés transportent des bambins en fagot sur leur large dos.
Mais partons donc nous promener dans ce Paris aux milles visages…
Le quartier de Couronnes et de Ménilmontant qui était autrefois le vivier des poissonnières, ressemble aujourd’hui à une section de Tanger. Descendez la rue Jean Pierre Timbaud, vous y croiserez « Al Moukhtar, Livres, Vêtements, Parfums», boutique de prêt-à-porter féminin oriental pour toutes les saisons. Plus loin le boucher suspend la carcasse d’un bœuf entier, privé juste de sa tête, aux crochets de sa boutique aux carreaux blancs mal astiqués. Si vous passez assez tôt le matin, vous aurez même de la chance de surprendre le camion du livreur de viande, vous comprendrez alors la sensation qu’éprouvèrent Rembrandt ou Hals saisis par l’irrésistible envie de peindre ces montagnes de chair.
En poursuivant le long du boulevard de Belleville un jour de marché, le spectacle est vraiment original : hommes et femmes portent leur djellaba, distingués uniquement par leur couvre-chef, voile coloré pour les dames, petit chapeau pour les messieurs. Un homme à la peau noire comme la nuit porte un caftan couleur sable et un couvre tête blanc comme sa barbe. Tout ce petit monde achète, vend, marchande des sacs et des habits, des légumes, des poulets et qui sait peut-être même des tapis volants.
Cet imprévisible tour du monde se poursuit en Afrique de l’Ouest. Peut-être par ce que cela fait longtemps qu’elles ont intégré le paysage parisien, l’originalité des femmes de ces pays ne nous surprend même plus. D’allure posée et quelque peu nonchalante, elles défilent tels des mannequins sur un podium, en exhibant les créations de leurs régions. Turban sur la tête et baluchon avec enfant sur le dos, on en ferait volontiers des œuvres d’art, dignes d’être peintes dans un tableau de Picasso.
Mais les cultures ne dialoguent pas uniquement au Quai Branly. Le quartier chinois de Belleville est à la lisière de celui de ces milles et une nuits parisiennes. Encore plus caractéristique le « Paris zen » s’étend dans le 13ème arrondissement vers la Porte de Choisy et la Porte d’Ivry. Des jeunes hommes se livrent à des exercices de Tai-chi-chuan sur l’herbe d’une pelouse, alors que des moines à l’habit ocre viennent respectueusement vous demander l’aumône. Une odeur pas forcément agréable d’œuf frit se répand dans l’air. Un restaurant aux lampions rouges affiche sur un tableau en plastique « plat du jour : rouleau de printemps et canard laqué 12€ ». Face à un temple bouddhique je prends mon temps pour observer curieuse ces boutiques de vêtements, de chaussures et d’objets divers, qui ont fait perdre la tête et beaucoup d’argent à nos industries nationales.
Tout cet univers côtoie désormais l’incontournable et plus traditionnel Paris franco-français, celui des grandes bourgeoises rives gauches et des hommes d’affaires rive droite. La quintessence de Paris aurait-elle vraiment tant changé ? Le Paris chanté par Piaf, Aznavour, Brel serait-il aujourd’hui perdu ? Non oserais-je dire, Paris est une ville mutante qui a choisi de faire de l’immigration une part de son identité nationale. Le nouveau Musée de l’Immigration s’acharne à le démontrer. Si les Impressionnistes avaient pu observer ces scénarios exotiques de leurs yeux, nous serions sûrement surpris de voir aujourd’hui défiler dans les salles de vente de toiles originales, riches de couleurs, de lumières et d’impressions.
Et quand bien même ce melting pot parisien pourrait pour plusieurs raisons en outrager certains, il n’en demeure pas moins que voyager à Paris peut réserver des surprises inattendues.
