Réchauffement climatique : comment, pourquoi, jusqu’où ?
Posté Opinioni, Opinions
de Marie Tiepolo
Le réchauffement climatique est une dérive sans retour. Cependant, pilule en dépit des dégâts irréparables commis, y a-t-il encore un espoir de tirer profit des dérèglements économiques, politiques et sociaux, conséquences de la transformation du monde ?
La canicule de 2003, le tsunami de 2004, l’ouragan Katrina en 2005, autant d’expressions dramatiques de la vulnérabilité humaine face aux caprices du climat. Des icebergs qui fondent, des îles submergées, la pollution, l’épuisement des ressources naturelles, l’effet de serre, la déforestation, le recul de la biodiversité… Tout dans le phénomène planétaire du réchauffement climatique confirme un scénario catastrophe pour le prochain chapitre de la vie sur Terre.
Quand le climat change, certaines espèces disparaissent, d’autres s’adaptent. Un quart d’entre elles, comme certains papillons ou les récifs de corail, rejoindront le clan des fossiles d’ici 2050. Si les espèces migratrices peuvent s’adapter au changement climatique en modifiant les périodes et les destinations de leurs migrations, les espèces sédentaires ont une marge de manœuvre plus limitée. La biodiversité recule sous la pression des activités humaines, faisant progresser le taux d’extinction des espèces à un rythme frénétique.
En dépit des contraintes de « profit à tout prix » que s’imposent les marchés internationaux, le réchauffement climatique brûle également nos économies. Montagne, mer ou campagne auront à pâtir à des degrés divers de ce changement. Le débat porte moins sur les 9 milliards d’êtres humains que nous serons d’ici 2100, que sur nos modes de vie et sur nos capacités à absorber les flux migratoires gigantesques qui en sont la conséquence. Le nouveau statut de réfugiés climatiques déjà existant, va s’amplifier dans un contexte de raréfaction des ressources et de guerre pour les biens de survie.
Pourtant depuis 30 ans les conférences mondiales tentent d’alerter l’opinion. Bien qu’aujourd’hui encore un large pourcentage de la population des pays développés ne place pas l’environnement au rang de préoccupation majeure (derrière le contexte économique, le chômage, le terrorisme, la délinquance et le régime de santé), la substitution progressive, dans le langage courant, du concept de « nature » par celui de « environnement » révèle déjà la transformation qui est en train de s’opérer dans la manière dont notre société se réalise et se représente. La volonté politique de sensibiliser l’opinion publique aux sujets liés au dérèglement de la planète ne correspond pas uniquement à une dimension politique mais aussi à un premier pas vers un engagement social.
Mais serait-il vraiment possible de croître sans polluer surtout dans une période de crise économique intense ? La fée technologie nous sauvera-t-elle, aidée par une révolution verte ? Par la modification progressive de nos comportements et par de nouveaux systèmes de construction et des transports plus propres, les réductions de CO2 sont à notre portée. L’ordre du jour doit devenir celui de l’efficacité énergétique, de la réduction du taux de CO2 dans l’atmosphère ainsi que des autres gaz industriels à effet de serre, de dispositifs de capture et stockage de carbone, du développement des énergies renouvelables, de la production d’énergie nucléaire et de la maîtrise de ses scories et du reboisement. Tout cela passera par des prix d’investissement colossaux et surtout par un engagement mondial collectif, très difficile à faire accepter aux économies de transition et aux pays en voie de développement. En effet le contrôle des dépenses énergétiques et de production d’énergies propres paraît compliqué dans des pays tels l’Inde et la Chine. Au-delà de leur incroyable développement démographique il serait très délicat et quelque peu arrogant de la part de nos civilisations issues de la révolution industrielle de demander à un Chinois de descendre de sa voiture à peine achetée pour remonter sur son vélo !
Pourtant la reconnaissance de leur part de responsabilité dans le réchauffement climatique par les pays industrialisés est réelle. Tous se sont engagés dans des mesures de compensation pour aider les pays les plus pauvres et les plus vulnérables. La Banque Mondiale et les Nations Unies prévoient que les pays développés aident les pays en développement « à faire face aux coûts de leur adaptation auxdits effets ». En 1992 lors du Sommet de Rio les États se reconnaissent « conscients que les changements du climat de la planète et leurs effets néfastes sont un sujet de préoccupation pour l’humanité toute entière. (…) La majeure partie des GES émis dans le monde par le passé et à l’heure actuelle ont leur origine dans les pays développés ». À Kyoto en 1997 le texte ratifié par 150 pays se pose comme objectif de contraindre juridiquement les pays industrialisés à contenir voire à réduire leurs émissions d’ici 2012. Dans chaque État industrialisé, l’augmentation ou la réduction des émissions de gaz à effet de serre est évaluée par rapport à 1990. C’est l’année de référence pour le protocole de Kyoto. En février 2005, le protocole de Kyoto est entré en vigueur. En octobre 2007 il a été ratifié ou approuvé par 175 États et l’Union Européenne, hors les États-Unis. Par ailleurs le protocole de Kyoto a prévu pour son bon fonctionnement des mécanismes flexibles, qui pourtant suscitent aujourd’hui de nombreuses controverses. Le marché des « droits à polluer » ou dit aussi « des permis négociables » (l’appellation paraît ainsi plus facile à accepter par une opinion publique mal informée de sa signification réelle), a nourri une polémique très vive pendant plusieurs années. Son sort sera jugé et défini lors de la prochaine conférence internationale des Nations Unies sur l’environnement à Copenhague en décembre prochain.
Face à des projections si pessimistes et à un scénario planétaire catastrophique, est-il encore légitime de croire à la résolution des problématiques environnementales et à la reprise de la croissance ? Si le progrès s’est transformé en risque pour l’homme et pour son environnement, ne pourrait-il pas devenir aussi une chance ? En dépit de toutes les manifestations négatives entraînées par le réchauffement climatique, les médias nous prouvent que la prise de conscience progresse et que les signes d’encouragement se multiplient. L’espoir est celui de voir naître de cette crise planétaire une incroyable créativité industrielle, une recherche scientifique et un développement technologique sans égal, accompagnés par la création de nouveaux emplois et par un nouvel élan de solidarité internationale.
