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Le sorgho, une alternative « écologique » au maïs ?

22 janvier 2011
Posté Opinions
de Marie-Laetitia Catta

Longtemps oubliée, une céréale appelée sorgho commence à sortir de l’ombre…

Non, ce n’est pas une nouvelle création OGM des laboratoires semenciers, bien au contraire. Le sorgho est une vieille dame issue des régions tropicales, mais aussi continentales. Plusieurs berceaux d’origine ont été découverts, comme le Soudan et la Roumanie. Autant dire que nous avons toute la latitude possible pour cultiver cette fameuse plante…

Jusque dans les années 50, le sorgho était couramment cultivé dans nos fermes en interculture pour apporter un complément de fourrage. Depuis, le maïs l’a détrôné de son piédestal pour en prendre la place au titre de meilleure plante fourragère.

Mais en quoi le Sorghum bicolor, cultivé aujourd’hui en Afrique de l’Ouest pour ces grains, peut-il nous intéresser en Europe ?

Quand de la plante surgit l’énergie

Il s’agit tout d’abord de parler d’une filière qui commence à se développer – encore très timidement – en France, mais qui l’est déjà énormément en Allemagne par exemple. Je veux parler de la méthanisation à la ferme. Par là, on entend la production d’un gaz, le méthane, suite à la fermentation de produits issus de l’agriculture. Cela peut être des boues ou des lisiers (avec un rendement très faible) ou bien des cultures, dites énergétiques dans ce cas (avec un rendement élevé). En résumé, ce qui se passe dans une grande cuve à méthaniser est le scénario de la digestion des ruminants (vaches, moutons…). Le Biogaz ainsi produit peut, soit être transformé en électricité qui sera revendue directement à EDF ou son équivalent, soit être injecté dans le réseau gaz après purification.

Partant de là, vous savez déjà pas mal de choses sur cette autre énergie renouvelable. Aujourd’hui, la meilleure plante estimée pour la méthanisation, et de ce fait la plus cultivée, est le maïs. Ainsi, on trouve des agriculteurs allemands consacrant la majorité de leur superficie agricole à la monoculture du maïs, soit plusieurs centaines d’hectares. Et bien quoi, pourrait-on dire,  on le fait bien depuis des années ? Certes, mais pour combien de temps encore ?

L’énergie en culture intensive

Car en effet, le problème de cette plante ne réside pas – essentiellement – dans sa consommation en eau, somme toute importante (nous en avons déjà discuté dans un précédent article), mais plutôt dans son itinéraire technique pris dans sa globalité. La première chose est la monoculture qui, en plus d’appauvrir le sol, favorise l’installation de maladies, adventices et ravageurs toujours plus résistants aux produits phytosanitaires. En outre, cette plante est gourmande en fertilisants qui sont dans beaucoup de situations toujours appliqués en surdose pour avoir la quantité suffisante au moment où le maïs en a le plus besoin. Le surplus se retrouve alors dans les nappes phréatiques ou les cours d’eau : CQFD…

Une solution existe, elle résiderait dans le sorgho : remplacer le maïs par le sorgho. Comment ? A quel prix ? Est-on certain d’obtenir des résultats équivalents au maïs ?

Le B.A. BA du sorgho

Le sorgho ressemble à s’y méprendre au maïs par son développement végétatif tout aussi abondant et luxuriant. Il fait également partie de la « même famille » concernant la photosynthèse, c’est-à-dire que le rapport consommation eau/production de matière est d’une efficacité aussi redoutable sinon plus que celle du maïs. Dans le cas du sorgho elle est même 2 fois supérieure ! Ainsi, pour une même superficie, le sorgho consommera 2 fois moins d’eau qu’un maïs. On peut déjà comprendre dès à présent que le sorgho, lui, n’a pas besoin d’être irrigué et résiste beaucoup mieux à la sécheresse que le maïs.

Un autre atout est l’absence de maladie. Le sorgho étant peu cultivé, aucune maladie ne s’est développée. Vous économisez donc la superposition de 2, 3 ou 4 produits phytosanitaires différents : fongicide, insecticide, parasiticide….

Une grande particularité du sorgho est sa capacité à développer un réseau racinaire hors du commun. Tandis que le maïs développe ses racines en surface, n’allant pas à plus 1,50 m de profondeur, le sorgho développe à la fois une racine principale très profonde – jusqu’à 3-4 m – et un complexe très dense de racines secondaires en forme de parapluie, explorant ainsi le sol en surface et en profondeur.

Cette qualité lui apporte la résistance à la sécheresse, la capacité de se nourrir d’engrais résiduels en profondeur, ce qu’aucune autre plante ne saurait faire. Les besoins en azote du sorgho se trouvent donc fortement diminués par rapport à ceux des autres céréales. Ceci nous fait donc un autre « poste » d’économie.

Il existe un dernier avantage, et qui n’est pas des moindres aux yeux des agriculteurs cultivateurs de maïs : les sangliers sont totalement indifférents au sorgho. Ces cochons sauvages, sortis des bois, sont la première cause de destruction des cultures de maïs et cela pose un réel problème aux agriculteurs. Par la présence d’épi accessible aux sangliers, ceux-ci sont attirés et se font un plaisir de dévorer ce qu’il y a de plus appétant dans le maïs, saccageant au passage une partie du champ. Dans le sorgho, ils n’y vont pas, tout simplement parce que la plante ne produit aucun épi mais une panicule qui leur est inaccessible.

Maintenant, faut-il parler des points faibles ? Il y en a certes, car rien n’est parfait sur cette terre.

A commencer par son besoin en chaleur. En effet, son origine tropicale la rend sensible au froid, et demandeuse en chaleur. C’est un réel obstacle dans des régions où au mois de mai les températures du sol n’ont pas encore dépassé 10°C et où il peut encore geler. Le semi est du coup particulièrement délicat, la graine étant toute petite et donc fragile. Des échecs ont souvent lieu quand le semi a lieu trop tôt.

Les débuts très lents de sa croissance peut en perturber plus d’un et rend la plante d’autant plus sensible et en position de faiblesse par rapport à la poussée des mauvaises herbes. Cela demande donc d’être très vigilant à l’apparition des mauvaises herbes !

A part cela, rien d’autre à signaler à part le fait que le sorgho a encore un train de retard sur le maïs pour la simple raison que la recherche et le développement sur le sorgho se sont arrêtés il y a 50 ans tandis que pour le maïs ils entraient dans leur apogée.



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